La hausse a été brutale. Après l'invasion de l'Ukraine, les prix de l'énergie ont flambé et entraîné presque tous les produits : l'inflation, calée autour de 1 % dans les années 2010, a alors bondi à 5 % entre 2022 et 2023, avant de refluer à 2 % en 2024 puis à 0,8 % en 2025.
La perception, elle, n'a pas suivi cette décrue. D’après une étude de la Banque de France dévoilée le 23 juillet 2026, les 4 000 ménages interrogés chiffrent la hausse des prix de 2025 à 9,5 % en moyenne, très loin donc de la réalité. Ce souvenir tenace du choc inflationniste pèse aujourd'hui sur les décisions financières des Français, bien plus que le niveau réel des prix.
Pourquoi ils épargnent plus, même en se sentant plus pauvres
Le premier effet d'une hausse des prix est connu : on dépense moins. Ainsi, 84 % des ménages disent avoir renoncé à certains achats. Mais un second réflexe, moins intuitif, se déclenche en même temps : épargner davantage.
Ce paradoxe s'explique simplement. Quand les prix montent et que l'avenir paraît incertain, les ménages cherchent à se constituer un filet de sécurité plus important. L'épargne de précaution devient une assurance contre les mauvaises surprises. Plus le climat inquiète, plus ce matelas gonfle, quitte à rogner ailleurs.
Ce mouvement touche même les foyers qui se sentent appauvris. Parmi ceux qui estiment avoir perdu au moins un quart de leur pouvoir d'achat entre 2021 et 2025, 27 % ont malgré tout épargné l'an dernier. Réduire ses dépenses et mettre de l'argent de côté ne s'opposent pas : ces deux gestes répondent à la même prudence.
Laisser dormir son argent, l'erreur que plus personne ne veut commettre
L'épisode inflationniste a aussi changé la façon de placer son argent, et pas seulement le montant épargné. La raison est mathématique. Un capital qui rapporte moins que l'inflation perd de sa valeur réelle année après année. Laissé sur un compte courant non rémunéré, il s'érode sans que le titulaire touche à un centime.
Beaucoup d'épargnants ont retenu la leçon pendant la flambée des prix. Plutôt que d'accumuler sans rendement, ils ont déplacé leur argent vers des placements mieux rémunérés. L'idée : viser un taux qui suive au moins la hausse des prix, afin de préserver le pouvoir d'achat de leur épargne. La Banque de France constate ainsi que les ménages ont cherché à optimiser leurs placements pour qu'ils rapportent davantage. L’institution monétaire ne le dit pas dans son étude, mais on comprend mieux pourquoi les Français délaissent actuellement le Livret A dont le taux peine à compenser l’inflation, au profit d’autres solutions d’épargne comme l’assurance vie.
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